JEAN CLAUDE ANCET

DU VISIBLE A L'INVISBLE

 

  "Apprends à bien mettre en oeuvre ce que tu as déjà appris, ainsi tu découvriras en temps voulu les choses sur lesquelles portent tes questions"  REMBRANDT   
       
  LA FORMATION    1968-1972    
  Chaque époque a un style qui la caractérise. A l'évidence, le XXe siècle, à travers la diversité de ses styles, a vu la plastique du tableau se simplifier en même temps que disparaissait la Nature. L'aventure de l'art abstrait en témoigne. Ayant appris la peinture à la fin des années soixante, quel serait mon cheminement artistique alors que des théories sur la mort de la peinture avaient court? Il est évident que, à mes débuts, je ne savais pas du tout  où m'entrainerait l'aventure picturale. Réussirai-je seulement ? Est ce que je n'arrêterai pas en chemin?  
     
 

Mon premier professeur fut André Claudot, un peintre très réputé à Dijon. Il enseignait une peinture figurative que j'ai toujours considérée comme une très bonne peinture. Celle-ci consistait à rendre la Réalité de la manière la plus franche avec les couleurs les plus pures. "Faire chanter les couleurs " était le lietmotiv qui revenait soiuvent dans ses cours que nous prenions dans son atelier de la rue Musette. Cette phrase de Matisse pourrait correspondre à son enseignement:"J'ai choisi de garder par devers moi tourments et inquiétudes, pour ne transcrire que la beaut édu monde et la joie de peindre" (n°2, peinture exécutée dans l'atelier de Claudot).

 Poterie chinoise 1971
2. Poterie chinoise - 1971
 huile sur toile 65 x 54 cxm
 
 

 

   
 

 

 

L'apprentissage de ce style ne m'a jamais quitté. Au fil des années, j'ai continué à peindre "figuratif" (n°3,4,5). Surtout lors des vacances où je faisais des séries d'aquarelles des lieux fréquentés.

 

Ce furent : les Pyrénées, Amélie-les-Bains, Collioure, La Côte Vermeille, l'Auvergne, le Vaucluse, la Corse, Morzine, l'Ile de Ré, l'Ile de Yeu, la Hollande et bien sûr Dijon et sa région.

 

3.Ina Dick
3. Ina Dick - 1985
huile sur huile 73 x 60 cm
 
 
5.Jeune fille a la guitare 1984
4. Jeune fille à la guitare - 1984
huile sur toile 61 x 50 cm 
5.jeune fille a la guitare
5. Jeune fille à la guitare - 1984
huile sur huile 61 x 50 cm 
 
 

Etant installé, depuis le début de l'an 2000 dans le Comminges, j'ai repris avec plus d'intensité des peintures à l'huile figuratives (n°6 à 11).

L'évolution de cette pratique m'amène davantage à exalter la couleur, à travailler plus vite et d'une manière très spontanée. le tableau est "fait" dans la séance. L'expression de MANET :"La peinture : un oeil, une main" me va très bien.

Le résultat se rapproche de la peinture fauve des années 1905. En fait, je retrouve le style qui a précédé l'art abstrait des années 1910. Il est logique qu'en cherchant à aller plus avant, je découvre l'art abstrait qui fut après 1905, l'évolution naturelle de l'art (en faisant remarquer que cette évolution ne fut pas préméditée). Comme le dirait Matisse : "On n'est pas maître de son style, il nous est imposé".

6.Nature morte aux tulipes
6. Nature morte aux tulipes - 2001
huile sur huile 73 x 54 cm
 
       
 
7.Guitare au yucca 2001
7. Guitare au yucca - 2001
huile sur toile 73 x 54 cm
8.Saint Bertrand de Comminges
8. Saint Bertrand de Comminges  -2001
huile sur toile 61 x 50 cm
 
       
 
9.Saint-Martory
9. Saint Martory  - 2001
 huile sur toile 65 x 50 cm
     
 
 
10.Port-Vendres
10. Port Vendres - 2001
huile sur toile 55 x 46 cm
11.Collioure
11. Collioure - 2001
huile sur toile 55 x 46 cm

 

 

  "Après toutes les tentatives et inventions de l'art moderne, n'y aurait-il d'issue que pour une peinture réaliste ou intellectuelle? Notre rôle de peintre ne serait-il pas plutôt que de chercher à étonner à n'importe quel prix, de traiter dans un ressaisissement de tout notre être, d'exprimer les forces vitales annonçant un monde nouveau ?" Courtin SAINT-HILAIRE (artiste-peintre)
 
       
  UN NOUVEAU DEPART 1999 - 2002
   
  La parution du livre Peinture et Bible me permit de faire des expositions dans différentes villes du Sud-Ouest. la plus importante fut à Toulouse en novembre 1999 dans le centre Saint-Jérôme situé au coeur même de la ville. Tous les tableaux reproduits dans le livre furent présentés. Elle était l'aboutissement de dix ans de travail sur les thèmes bibliques.
 
 
 
 
 
 

Un voyage en Israël dans le mois d'octobre 1999, lors de la grande fête juive du Kippour, m'inspira pour faire une nouvelle série de peintures sur l'histoire de Jérusalem.

Les prophéties bibliques nous apprennent beaucoup sur le retour du peuple juif dans son pays à notre époque. Jérusalem reste la ville Sainte au coeur de l'histoire du monde. La destinée de l'humanité en dépend.

 

 

 

 

 

En face de cette ville, se dresse Babylone. Ce fut une grande ville dans l'Antiquité mais qui est devenu un symbole des forces mauvaises qui s'opposent à Dieu et à son peuple.

 

Quatorze tableaux furent exécutés. Sept sur Babylone dans des couleurs foncés, intenses avec des noirs profonds dans les ombres (n°55,56) et sept tableaux sur Jérusalem (n°52,53) dans des couleurs plus claires, lumineuses où les jaunes prédominent.

 

Les formes sont plus douces, Jérusalem symbolisant les forces du bien. Les évènements actuels montrent combien ce thème "Jérusalem et Babylone" est important.

52.Jerusalem
52. Jerusalem - 1999
- huile sur toile 100 x 73 cm
53.Jerusalem
53. Jerusalem - 1999
 huile sur toile 100 x 81 cm
 
 

 

55.Babylone
55. Babylone - 1999
 huile sur toile 100 x 73 cm
 
 
56.Babylone
56. Babylone - 1999
huile sur toile 100 x 81 cm
 
       
 

Une grande décision fut prise au début de l'année 2000. Celle de quitter Dijon pour le Sud-Ouest. C'est ainsi que je me suis retrouvé dans un village du Comminges, où j'ai acheté une ancienne ferme que j'ai aménagée pour en faire un centre culturel.

De nombreuses salles présentent une bonne partie de mon oeuvre. Un grand atelier me permet de continuer mon travail et aussi à donner des cours de peinture abstraite et figurative. Une salle audio-visuelle permet de faire des conférences d'histoire de l'art. C'est un nouveau départ et de nouvelles aventures artistiques.

Depuis l'année 2001, après une série de cours sur les prophéties de Daniel, j'ai fait des peintures sur ce livre remarquable de l'ancien testament (n°54,57).

Ce prophète hébreu fut emmené captif à Babylone en 606 av J.-C. Il vivait à la cour de Nébucadnetsar et il donna l'interprétation d'un songe qu'eut le roi. Il s'agit de la célèbre statue aux pieds d'argile, qui symbolise l'Histoire humaine depuis l'empire babylonien jusqu'à nos jours.

La tête en or représente Babylone, les pieds en fer et en argile représente le Moyen Age et notre époque. Certains voient dans les 10 orteils la consitution de l'Europe!

La finale du songe est des plus surprenante. Une pierre se détache du ciel, elle vient frapper les pieds de la statue, et celle-ci est volatilisée. Il s'agit de la venue en gloire du Messie (le Christ) qui met fin à tous les royaumes terrestres et qui instaure son royaume qui est représenté par une montagne dans le songe.

C'est ainsi que la foi dans les textes bibliques travaille profondément l'être intérieur. Le désir de créer en résulte. Surtout quand il y a une osmose entre la parole inspirée et les évènements qui nous entourent.

54.Prophetie de Daniel
 
54. La prophétie de Daniel - 2001
- huile sur toile 116 x 81 cm
 
 57.Prophetie de Daniel
57. La prophétie de Daniel - 2001
- huile sur toile 116 x 89 cm
 
   
  "La désintégration de l'atome était, dans mon âme, pareille à l'effondrement du monde entier." KANDINSKY  
       
  DE LA FIN DU TEMPS A l'APOTHEOSE DE LA COULEUR -  Jean LIBIS 1992-1994   
  Il me faut l'avouer honnêtement : présenter un ensemble pictural consacré à l'Apocalypse représente pour moi une gageure. Nourri de philoposhhies présocratiques et de la cosmologie de Lucrèce, je ne peux pas dire que mes convictions soient en accord avec le prophétisme apocalyptique, qui abolit le temps et soumet le monde à un Jugement ultime, à la fois effrayant et grandiose, destructeur et libératreur.  
     
 

C'est dire, en bref, que je m'attacherai ici d'avantage à la peinture qu'à la théologie.

Toutefois, il serait évidemment absurde de ne pas reconnâitre la dimension extraordinaire d'un texte dont la puissance ravageuse semble défier a priori toute intention explicative, et ceci par la prolifération des images, par la boursouflure du récit, par cet ésotérisme polymorphe qui affecte les éléments astraux, animaux et végétaux de cette dramatique fin de l'Histoire.

Au delà d'un message spécifiquement religieux, la vision de saint Jean fait puissamment violence à l'imagination, et le mythologue, l'historien des religieons, l'exégète, l'artiste, le philosophe même, peuvent assurément y trouver chacun leur part.

La nouvelle terre
La nouvelle terre - 1992
huile sur toile 100 x 81 cm
 
 

En quoi et comment une oeuvre picturale pourrait-elle rendre compte d'un texte à la fois démesuré dans son contenu métaphysique et totalement débridé dans sa forme littérale?

La question se pose d'autant plus que l'artiste travaille ici en dehors de tout support figuratif et de toute référence descriptive. Il est intéressant de remarquer que la réponse fournie par le peintre est d'un ordre éminemment pictural. Ce sont les sept couleurs fondamentales de l'arc-en-ciel qui déterminent la structure de l'entreprise.

Si ces sept couleurs nous renvoient aisément aux sept jours de la Création, en revanche il est moins évident de les adapter au texte apocalyptique, et ceci malgré l'insertion, récurrente, des septs sceaux, des sept trompettes, des sept fléaux, qui ponctuenet le récit de saint Jean. Celui-ci comporte en effet 22 chapitres, qu'il a fallu, bon gré mal gré, diviser en sept moments approximativement cohérents.

il y a sans doute ici une part d'artifice, inévitable lorsqu'il est question de transcroire une forme verbale dans iune forme plastique.


Le festin des noces
Le festin des noces - 1992
huile sur toile 130 x 97 cm
 
  A partir de là, le peintre a eu l'idée féconde d'associer successivement chaque couleur dominante aux sept autres couleurs, ce qui donne par exemple : rouge-rouge, rouge-orangé, rouge-jaune etc... En définitive, on obtient un ensemble, exhaustif, de sept séries de toiles chacune, soit 49 au total, ce qui exigeait de l'artiste, et compte tenu de certains résultats jugés par lui insatisfaisants, la production de plus d'une cinquantaine d'oeuvres fourbies dans la fièvre.   
 
La bete de la terre
 La bête de la terre
huile sur toile 130 x 97 cm
 
 
  Nous sommes ici en présence d'un formalisme qui me paraît très fascinant car il associe un contenu significatif à un travail essentiellement formel, déterminé par des impératifs plastiques. On peut penser, toutes différences gardées, aux 24 préludes et fugues de Jean-Sébastien Bach qui épuisent toutes les tonalités possibles inscrites dans la gamme tempérée, majeure et mineure.   
 
   
  Il ne faut pas se leurrer : Ancet a fait là un pari qui exigeait un labeur considérable. Réfugié à la campagne, il a oeuvré comme un forcené, se battant notamment avec la difficile sére des jaunes, qui ne constituent pas son mode habituel de prédilection. Autant  que possible, les toiles ont été réalisées à partir de certains fragments du texte lui-même, qui sollicitent des références puissamment colorées, par exemple telle "vision de jaspe-vert ou de cornaline" ou "la lune devenant toute entière comme du sang".Toutefois, et le peintre lui-même en convient, on se tromperait à vouloir saisir des correspondances rigoureuses entre ces citations et leurs équivalents plastiques. Dès qu'une toile est mise en chantier, à partir d'un schéma chromatique fondamental, son élaboration est déterminée par un processus d'organisation autonome, qui repose sur des exigences spécifiquement internes.   
 

J'ai eu le privilège, parfois, de saisir sur le vif l'élaboration de cet ensemble peu banal, et de découvrir, subjugué, l'exposition de telle ou telle série complète.

Dans l'ensemble et par rapport aux productions immédiatement antérieures, je crois pouvoir dire que la matière s'est étoffée, que l'espacce pictural est devenu plus oppressant, que les harmonies colorées sont devenues plus complexes, plus risquées aussi.

Et pourtant le regard se délecte, en observant de près les toiles, des étonnantes imbrications de couleurs que dicte une secrète nécéssité, et qui n'ont rien à voir ces gabegies incontrôlées qui pourraient pervertir de telles entreprises.

39.Aocalypse 
39. Apocalypse - 1992
huile sur toile 100 x 73 cm
 
 

 

A plusieurs reprises, on a l'impression que le feu s'est substitué à la lumière, notamment dans la série des rouges qui flamboient de façon dramatique, à l'image de l'étang de soufre et de flamme où vient se noyer la Bête immonde.

 

Certains orangés se déploient tumultueusement à partir d'un centre qui en ordonne la dispersion et qui évoque l'écho renversé d'une cosmogonie originelle, les noces secrètes de l'alpha et de l'oméga (N°39 ,40).

40.Apocalypse
40. Apocalypse - 1992
huile sur toile 92 x 73 cm
 
 
En revanche, les compositions où dominent les bleus et les indigos parviennent parfois à une étonnante expression d'apaisement, quasi paradoxale dans ce contexte d'eschatologie convulsive: j'y retrouve pour ma part les meilleures prestations du peintre, celles dans lesquelles les imbrications de la lumière, de la couleur, et de l'espace atteignent à l'unité la plus haute (n°37,38).
 
On s'attardera aussi sur quelque trouée de vert clair se déployant dans un énigmatique "paysage" mental, en n'oubliant jamis que l'art d'Ancet est résolument conçu et voulu en dehors de toute référence figurative.
 
37.Apocalypse
 37. Apocalypse - 1992
huile sur toile 130 x 97 cm
38.Apocalypse 
38. Apocalypse - 1992
huile sur toile 89 x 130 cm
 
       
 

On poussera le plaisir visuel jusqu'au raffinement de ces modifications veloutées, en violet-mauve, qui sont parfois comme l'effigie même de l'artiste (n°35,36).

 
 
 35.Apocalypse35. Apocalypse - 1993
huile sur toile 116 x 89 cm
 36.Apocalypse
36. Apocalypse - 1992
huile sur toile 100 x 73 cm
 
 

A la limite, il me semble que la tragédie apocalyptique est pour ainsi dire sublimée dans cet ensemble pictural, ou que l'épouvante y est exorcisée. Il est d'ailleurs possible que cette pacification, au demeurant toute relative, soit en accord avec certaines interprétations théologiques du texte. Et Messiaen, dans son génial Quatuor pour la fin du Temps, n'a-t-il pas mis en oeuvre une conception analogue?

L'art pictural de Ancet était peut-être voué, par ses moyens mêmes à déployer semblable exorcicsme: car si les lignes de force y inscrivent assurément quelque tourbillon de violence et d'angoisse, la science des harmonies, en revanche, y apparaît parfois comme puissamment réconfortante, et porteuse d'une euphorie qui atteint notre corps lui-même, à travers ce qu'un philosophe a appelé le libre jeu de l'entendement et de la sensibilité. S'en convaincront les authentiques amateurs d'art, qui savent qu'une belle toile se laisse respirer, toucher, déplacer, afin qu'en elle se modifient les perspectives et les jeux de lumière, par quoi émerge en fin de compte une sorte d'état contemplatif qu'on pourrait appeler, avec prudence, la vérité de l'oeuvre.

La septieme coupe
La septième coupe - 1994
huile sur toile 162 x 115 cm
 
 

 

   
 

Pardoxale exposition qui déploie somme toute le thème grandiose de la fin du Temps dans l'affirmation exaltée de l'aventure picturale, saisie en l'occurence dans cet ensemble de sept sériées éclatantes, nées du labeur et du défi.

Dans tout ceci, l'art m'apparaît comme bien vivant, et je ne crois pas à la morosité des esprits chagrins qui prohétisent sa mort depuis plusieurs décennies déjà.  L'art est bien plutôt ce par quoi l'esprit proteste secrètement contre l'inaninité du monde: et quand bien même l'homme de demain se trouverait confronté à quelque radicalisation métaphysique du non-sens, il n'en deviendrait peut-être que plus intensément épris des formes qu'il crée, constituant ainsi son anti-destin. Sur ce point, je ne crois pas que Jean-Claude Ancet épouse mon point de vue. L'essentiel est, bien entendu, que sa peinture m'enchante, et que j'aie envie de la faire connaître.

 

 

  "Tu sais bien que - l'une des racines ou vérités fondamentales non seulement de l'Evangile mais de toute la Bible est la lumière qui luit dans les ténèbres. Par les ténèbres vers la lumière" VAN GOGH  
       
  PEINTURE ET BIBLE   1995 - 1998
   
  L'année 1995 a débuté dans un atelier ravagé par un terrible incendie. Près de 200 toiles furent détruites et des dizaines d'autres endommagées ainsi que des aquarelles. Il a fallu trouver un nouveau lieu de travail et entreprendre le nettoyage des toiles et leur restauration. Un long procès fut engagé qui durera plusieurs années afin de déterminer les responsabilités. L'incendie s'était déclaré dans la cuisine de l'appartement jouxtant mon atelier. J'ai dû interrompre mes cours de peinture ne disposant plus d'un espace suffisant. Ces cours duraient depuis 17 ans. Mon travail créatif s'en est ressenti également.  
     
 

J'ai repris cependant l'élaboration de séries de peintures avec des fonds bibliques. La série l'Histoire de l'Humanité qui fut commencée avant l'incendie comportait 2 grands tableaux. ils furent terminés en 1996.

Puis d'autres séries suivirent : les Fêtes de l'Eternel en 1996, l'Avènement du Fils de l'homme en 1997 et les Alliances de Dieu en 1998. dans la manière de peindre, j'ai toujours adopté le même principe: les thèmes divisés en sept parties, chaque partie ayant une couleur de l'arc-en-ciel qui prédomine. 

Paradoxalement la situation était difficile, j'ai entrepris durant cette période de nombreuses expositions en France : Paris à plusieurs reprises, Lyon, Bordeaux, Cambrai , Dijon et sa région.

 

La venue du Messie
La venue du Messie - 1995
huile sur toile 146 x 114 cm
 
 

Lorsque les sujets bibliques devienrent assez nombreux, j'ai regroupé sept thèmes pour en faire un livre. ce livre  Peinture et Bible parut en novembre 1998. il retrace les grands thèmes bibliques de la Génèse à l'Apocalypse. Fait pendant la décennie précédente, je l'ai envoyé à Ion Seurtulescu. Voici quelques unes de ses impressions. Après avoir évoqué une manière "liquide" qui confère une préciesue transparence à la matière et où le geste est "pleinement magnifié", il évoque une deuxième manière nettement différente.

"La touche change complètement. Elle devient très empâtée et renonce forcément à la largeur du geste. Elle ressemble beaucoup plus à celle que Rembrandt pratique dans la manche du fiancé de son chef-d'oeuvre de vieillesse, La fiancée juive, qu'à ce vous aviez fait jusque-là. Au point de vue chromatique, le changement est aussi profond: azur mélangé de ténèbres, or fondu, feu.

Un auteur espagnol (Buero Vallejo) a écrit une pièce intitulée En la ardiente obscuridad (Dans l'obscurité ardente). Eh bien, c'est ce que vous faites : des ténèbres ardentes, une obcurité incandescente. Ces incendies d'or sont souvent très beaux  (la fête de la gerbe (n°1); la résurection; le retour du Christ; l'église d'Ephèse); ils ont l'intensité d'un paroxysme. Mais on ne peut pas vivre toujours à une température pareille. c'est pourquoi une fois cette suprême moisson faite, je voudrais vous voir revenir vers des contrées plus calmes, plus sereines. Car, détrompez-vous, votre peinture actuelle n'est pas sereine; mais elle est belle "

 01.La fete de la Gerbe
1. La fête de la Gerbe - 1996
huile sur toile 116 x 81 xm
 
  "Le Christ en croix. Quel symbole! L'image héroïque, l'image amoureuse, ne vaudront jamais l'image de la douleur. Elle est le fond de l'humanité. Elle en est le poème."  E. MANET  
       
  LA PASSION DU CHRIST   1989-1991    
  L'etude de l'Histoire de l'Art nous apprend que l'un des buts principaux de l'art est de représenter la religion des peuples. En Occident, la religion chrétienne a été un ferment qui a donné des chefs-d'oeuvre dans tous les domaines artistiques : architecture, peinture, sculpture. Les plus tableaux  ont souvent un thème biblique à l'origine. pensons  à Rembrandt. L'âme de l'artiste touchée par la grandeur d'un thème s'épanchera sur les couleurs  et les formes. En retour, l'âme du spectateur sera remuée profondément. C'est ainsi qu'une parcelle d'infini peur se manifeste. Le compositeur Jean-Louis Grand dira que l'art "ouvre des brèches dans le voile de l'obscurité qui nous entoure. Il est le souffle qui fait respirer notre âme étouffée par le servile et le quotidien".  
 

Après la Création du monde le thème qui me préoccupa fut la Passion du Christ. Les élèves de mon atelier me suivirent dans cette démarche. Pendant deux années scolaires on médita sur ce sujet grandiose et on chercha les couleurs et les formes qui pouvaient l'exprimer.

Bien entendu, il n'était pas question de représenter un Christ en croix. Sept moments de la Passion furent exécutés. J'ai fait de nombreux tableaux sur ce thème. parfois des éléments peuvent évoquer certains aspects de la réalité.

Dans l' Arrestation (n°31) apparaissent des formes aigües qui suggèrent des lances, des épées ou des armes diverses.

Dans le Portement de croix, ce sont des couronnes d'épines et des croix (n°27).

Dans la Cruxifixion où prédomine la couleur violet-noir, des formes denses, obscures en bleu foncé, évoquent les ténèbres qui s'appesantirent sur le monde à ce moment-là (n°26).

Manessier qui est très célèbre pour ses thèmes sur la Pasion a travallié dans le même esprit. Les signes plastiques, les lumières sourdes, les rouges intenses, suffisent à proviquer une émotion.

26.La cruxifixion
26. La cruxifixion    1992 - 1998
huile sur toile 65x54 cm
 
 
27.Portement-de-croix
27. Portement de croix    1990
huile sur toile 116 x 89 cm
31.Arrestation du Christ
31. Arrestation du Christ  1990
huile sur toile 116 x 89 cm
 
 

Ion Seurtulescu, à qui j'avais envoyé une brochure sur ce thème me répondit ceci :" C'est pour la première fois que je trouve qu'une explication ou une note explicative soit vraiment nécessaire. Pourquoi? Mais tout simplement parce qu'il y a effectivement un contenu spirituel.

C'est comme pour certaines partitions de Messiaen. Ce n'est pas tant  au drame divin que l'on pense en regardant ces sept peintures, qu'à l'âme de celui qui les a faites, c'est à dire à sa réaction affective face à ce drame...

Au point strictement plastique, il est fort aisé de remarquer dans vos oeuvres au moins deux qualités majeures: un sens inné de l'harmonie chromatique et un sens non moins inné de la grandeur. Ce n'est que peu de chose.

Le problème théorique d'une association entre la peinture abstraite et les thèmes religieux reste très interressant à résoudre. Si je parcours du regard ces sept tableaux, et si je me les imagine avec leur grand format, placés sur un long mur blanc, et convenablement espacés, ce que je sens se détacher d'eux, c'est surtout une forte impression de gravité. Or, la gravité, c'est l'essence même des choses. L'existence est chose grave. Nous devrons en rendre compte devant notre Créateur. L'attitude grave, pour peu qu'elle soit réelle, conduit donc quasi directement à l'idée de Dieu, puisqu'elle pose tôt ou tard le problème de notre statut métaphysique.

Vous savez certainement que Jean Sébastien Bach a de nombreuses pièces purement instrumentales mais pourvues d'un titre constitué d'un fragment de Psaume ou de prière. C'est à l'imagination d'établir une vraie correspondance entre les deux.Pareillement chez Messiaen.

Je vous répète la comparaison que j'ai déjà faite entre la musique et votre peinture. Ce qui plus est, l'amour du grand musicien belge pour le chant des oiseaux peut être rapproché de votre goût pour les couleurs brillantes comme des gemmes".

Gethsemane
Gethsémané  - 1991-1996
huile sur toile - 162 x 130 cm
 
 
 
La mise au tombeau
La mise au tombeau - 1991-1998
huile sur toile - 162 x 130 cm