JEAN CLAUDE ANCET

DU VISIBLE A L'INVISBLE

MUSIQUE DE PEINTRE

Délibérément, J.-C.  ANCET a fait sien le cheminement de l'abstraction, qu'il revendique comme une nécessité personnelle, une vocation et le vecteur d'une véritable aventure créatrice. Figuratif, pourtant, il fut jadis sous l'influence de son maître Claudot, et il avoue qu'il dut se faire violence pour se détourner du support de la représentation. une conviction intime lui disait que là n'était pas sa voie véritable et, quand on recense le chemin parcouru, on se prend à penser qu'il a assurément fait le bon choix.

 

Si les toiles des années 86 ou 87 recèlent encore des véhémences tourmentées, voire des excès lyriques parfois déconcertants, celles des années 90 témoignent d'un équilibre accru, d'une maîtrise toujours plus sûre de la lumière, d'une virtuosité de premier ordre dans la conduite des superpositions et des harmonies colorées. Dans certain format vertical, une lueur jaune-orange, atténuée, se déploie sur le fond mauve, créant de bouleversants effets de transparence, déployant une troisième dimension qui n'a plus grand chose de commun avec celle de la perspective classique.

 

Il faut savoir que cette peinture se veut résolument spirituelle et que ce mot exprime la conviction intime, philosophique et religieuse, de son auteur. Celui-ci la revendique avec véhémence, il y puise son inspiration, son énergie et, pour tout dire, sa raison d'être. Pourtant, curieusement, pour le regard profane qui est le mien, cette peinture semble se suffire à elle-même, tant est puissante sa capacité d'organisation et d'intégration des rapports chromatiques. Il me vient souvent à penser que l'oeuvre de J.-C. ANCET réinvente un espace où, étant aboli tout objet, ne subsisteraient  que la toute puissance de la couleur dans sa capacité à subsister indéfiniment des "événements" plastiques, des interférences, des poussées vitales hors de portée de nos expériences quotidiennes (le violet est chez lui terriblement vivant, d'une beauté et d'une plasticité fulgurantes, au point, me semble-t-il, d'engendrer quelque nouvelle et indicible cosmogonie).

 Peinture à l'huile sur toile (100 x 73 cm)

Devant tel chatoiement de bleu vif où fleurissent d'insondables lueurs, je me surprends à guetter quelque vieux fond marin rendu à la sérénité du sable. Le grand art, aussi abstrait soit-il, convoque toujours certaine parcelle de notre imaginaire ensauvagé.

Extrait de "PAYS DE BOURGOGNE" Mars 1992

JEAN LIBIS